OSTARA

Venons-en maintenant à la fête de Pâques. Que veut dire le mot de Easter lui-même? Ce n’est pas un nom chrétien: il porte en lui-même son origine Chaldéenne. Pâques (en anglais Easter) n’est pas autre chose que Astarté, l’un des titres de Beltis, la reine des cieux, dont le nom, tel que le prononçaient autrefois les Ninivites, est évidemment identique à celui qui est usité aujourd’hui en Angleterre. Ce nom, tel que Layard l’a retrouvé sur les monuments Assyriens, est “Ishtar”.

Le culte de Bel et d’Astarté fut introduit de très bonne heure en Grande-Bretagne avec les Druides, “prêtres des Bocages”. Quelques personnes se sont imaginées que le culte des Druides fut introduit pour la première fois par les Phéniciens, qui, plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, exploitaient les mines d’étain des Cornouailles. Mais on a trouvé des traces incontestables de ce culte dans certaines parties des îles de la Grande-Bretagne où les Phéniciens n’ont jamais pénétré, et il a partout laissé des traces ineffaçables de la profonde impression qu’il doit avoir exercée sur les esprits des premiers Bretons.

Le premier Mai est encore appelé “Beltane” dans l’almanach anglais; et il y a encore aujourd’hui des coutumes anglaises qui ont persisté et qui prouvent combien le culte de Bel ou de Moloch (car les deux noms appartenaient au même dieu) avait été observé même dans le nord de l’Angleterre. “La feue Lady Baird de Fern Tower, dans le comté de Perth, dit un écrivain très versé dans les antiquités anglaises, m’a raconté que, chaque année, à Beltane, (ou le premier Mai) un certain nombre d’hommes et de femmes se réunissent près d’un ancien cercle de pierres druidiques dans sa propriété près de Crieff. Ils allument un feu au milieu, chacun met un morceau de gâteau d’avoine dans un chapeau de berger: puis tous s’asseyent, et, les yeux bandés, prennent un morceau. Un de ces morceaux a été noirci à l’avance et celui qui le prend doit sauter à travers le feu au milieu du cercle et payer une redevance. C’est au fond un reste de l’ancien culte de Baal: la personne
sur laquelle le sort tombait était brûlée en sacrifice.

C’est ce que représente ce passage à travers le feu, et le paiement de l’amende rachète la victime.” Si on adorait ainsi Baal en Bretagne, on croira sans peine que sa compagne Astarté était aussi adorée par les anciens Anglais, et que c’est du nom d’Astarté, qui à Ninive
s’appelait Ishtar, que les solennités religieuses d’avril, comme on les célèbre actuellement, sont appelées en Angleterre du nom d’Easter, ce mois étant appelé par les anciens païens anglais, Easter-monath. – La fête dont nous parle l’histoire de l’Église sous le nom d’Easter (Pâques) aux IIIe et IVe siècles, était une fête toute différente de celle qu’on observe aujourd’hui dans l’Église Romaine, et à cette époque, elle n’était connue par aucun nom se rapprochant d’Easter.

On l’appelait Pascha, ou Pâques, et bien qu’elle ne fût pas une institution apostolique, elle était observée de fort bonne heure par bien des chrétiens déclarés en souvenir de la mort et
de la résurrection du Christ. Cette fête s’accordait à l’origine avec l’époque de la Pâque juive où le Christ fut sacrifié; vers la fin du IIe siècle, du temps de Tertullien, on croyait que c’était le 23 mars.

Cette fête n’était nullement une fête idolâtre, et n’était précédée d’aucun carême. “Il faut savoir, dit le moine Cassien de Marseille, écrivant au Ve siècle et comparant l’Église primitive avec celle de son époque, que l’observation des 40 jours n’existait pas, aussi longtemps que la pureté de cette église demeura intacte.”

D’où venait donc cette observation? Les 40 jours de jeûne du carême étaient directement empruntés aux adorateurs de la déesse Babylonienne. Le jeûne de 40 jours au printemps de l’année est encore observé par les Yezidis ou adorateurs païens du diable dans le Kourdistan, qui l’ont emprunté à leurs anciens maîtres les Babyloniens.
Les païens du Mexique célébraient la même coutume. Humboldt, en effet, nous donne les détails suivants sur les usages des Mexicains: “Trois jours après l’équinoxe du printemps commençait un jeûne solennel de 40 jours en l’honneur du soleil.” – Il en était de même en Égypte comme on peut le voir en consultant Wilkinson. – Ce jeûne égyptien de 40 jours, nous dit Landseer dans ses recherches Sabéennes, était expressément pratiqué en souvenir d’Adonis ou Osiris, le grand dieu médiateur.

Le rapt de Proserpine paraît avoir été célébré de la même manière, car Julius Firmicus nous apprend que pendant 40 jours on se lamentait sur Proserpine, et Arnobe nous dit que le jeûne observé par les païens, et appelé Castus, ou la fête sacrée, passait chez les chrétiens de son temps, pour avoir été à l’origine une imitation du long jeûne de Gérés, alors que pendant bien des jours elle refusa toute nourriture, à cause de sa profonde douleur (violentia moeroris),
c’est-à-dire à cause de la perte de sa fille Proserpine, qui lui fut enlevée par pluton, dieu de l’enfer.

Comme les histoires de Bacchus, d’Adonis et de Proserpine, distinctes à l’origine, se confondirent plus tard, de telle sorte que Bacchus fut appelé Liber et sa femme Ariadne, Libéra, nom qui était l’un de ceux de Proserpine, il est fort probable que les 40 jours de jeûne du carême eurent plus tard rapport à toutes les deux.

Chez les païens, ce jeûne paraît avoir été le préliminaire indispensable de la grande fête annuelle célébrée en souvenir de la mort et de la résurrection de Tammuz, par des larmes, puis par des réjouissances. – Dans bien des pays cette mort était célébrée beaucoup plus tard que la fête chrétienne; en Palestine et en Assyrie, c’était au mois de juin, aussi disait-on de ce mois: c’est le mois de Tammuz; en Égypte, vers le milieu de mai, et en Angleterre, dans le mois d’avril.

Afin de gagner les païens à un christianisme nominal, Rome poursuivant sa tactique habituelle, s’arrangea pour fondre ensemble les fêtes païennes et les fêtes chrétiennes, et par un
ajustement compliqué mais habile de son calendrier, elle n’eut pas de peine en général à faire que le christianisme et le paganisme ne se donnassent la main sur cette question comme sur beaucoup d’autres.

Celui qui servit à faire cet amalgame fut Denys-le-Petit auquel nous devons aussi, comme l’ont démontré des chronologistes modernes, d’avoir reculé de quatre années au-delà de sa véritable date, la date de l’ère chrétienne, ou de la naissance du Christ lui-même. Le fit-il par ignorance ou volontairement? On peut le discuter, mais il est hors de doute que la naissance du Seigneur Jésus fut placée quelques années plus tard qu’elle n’a eu réellement lieu. Ce changement dans le calendrier à propos de Pâques eut les plus désastreuses conséquences.
Il fit entrer dans l’Église la plus grossière corruption et la superstition la plus vile au sujet de l’abstinence du carême. Lisez seulement les atrocités commémorées pendant le jeûne sacré, ou le carême païen tel qu’il est décrit par Arnobe ou Clément d’Alexandrie, et certainement vous rougirez pour le christianisme de ceux qui dans la pleine connaissance de ces abominations, “sont allés demander du secours à l’Égypte” pour secouer la dévotion languissante de l’Église dégénérée, et n’ont pas trouvé de meilleur moyen pour la réveiller, que d’emprunter à une source si dépravée les absurdités et les abominations que les premiers écrivains chrétiens
avaient livrées au mépris.

C’était un mauvais signe que des chrétiens pussent jamais songer à introduire l’abstinence païenne du carême, cela prouvait la profondeur de leur dégradation, et c’était aussi la cause d’un grand mal; cela menait inévitablement à une dégradation encore plus profonde. À l’origine, même à Rome, on ne connaissait pas le carême avec les orgies du carnaval qui le précédaient; et même lorsqu’on crut qu’il était nécessaire de jeûner avant la Pâque chrétienne, ce fut insensiblement qu’on se conforma au rite païen.
On ne voit pas trop combien de temps durait le jeûne dans l’Église Romaine avant le concile de Nicée; mais ce qu’on sait d’une manière certaine, c’est que bien longtemps après ce concile, il ne durait pas plus de trois semaines.
Voici ce que dit Socrate écrivant sur ce sujet, vers 450 après J.-C.: “Ceux qui habitent la grande cité de Rome jeûnent avant Pâques pendant trois semaines excepté le samedi et le jour du Seigneur.”

Mais à la fin lorsque le culte d’Astarté gagna la prépondérance, on prit des mesures pour faire observer le jeûne Chaldéen de six semaines ou 40 jours dans tout l’empire romain d’Occident. La voie fut préparée par un concile tenu à Aurélia à l’époque de Hormisdas évêque de Rome, vers l’année 519, qui décréta que le carême serait solennellement observé avant Pâques.

Ce fut certainement avec l’intention de faire exécuter ce décret que le calendrier fut
peu d’années après modifié par Denys. Mais il ne pouvait pas être observé d’un seul coup. Vers la fin du VIe siècle, la première tentative décisive fut faite pour faire respecter le nouveau calendrier. Cet essai se fit en Bretagne; mais il y rencontra une vigoureuse résistance. La différence, quant à l’époque, de la Pâque chrétienne telle qu’elle était observée en Bretagne par les chrétiens indigènes, et de la Pâque païenne imposée à Rome lorsqu’on l’établit, était d’un mois entier; et ce ne fut que par violence et effusion de sang qu’on put à la fin remplacer par la fête de la déesse anglo-saxonne ou chaldéenne celle qu’on observait en l’honneur de Christ. Voilà l’histoire d’Easter. Les coutumes populaires qui caractérisent encore l’époque où on la célèbre confirment amplement le témoignage de l’histoire sur son caractère Babylonien. Les galettes chaudes marquées d’une croix le Vendredi Saint, et les oeufs coloriés de Pâques, figuraient dans les rites chaldéens, exactement comme aujourd’hui. Les galettes connues aussi par leur même nom de buns étaient en usage  dans le culte de la reine des cieux, la déesse Easter, aux jours même de Cécrops, fondateur d’Athènes, c’est-à-dire vers 1500 avant l’ère chrétienne. “Une espèce de pain sacré, dit Bryant, qu’on avait l’habitude d’offrir aux
dieux, était d’une haute antiquité et s’appelait boun.”

Diogène Laerce, parlant de cette offrande faite par Empédocle, décrit les différents éléments dont elle était composée, et ajoute: Il offrit un des gâteaux sacrés appelés boun, qui étaient faits de fleur de farine et de miel. Le prophète Jérémie fait remarquer ce genre
d’offrandes quand il dit: “Les enfants apportaient du bois, les pères allumaient le feu, et les femmes pétrissaient la pâte pour offrir des gâteaux à la reine des cieux” (Jérémie VII, 18). Aujourd’hui à la fête d’Astarté, on n’offre pas des gâteaux chauds en forme de croix, on les mange, mais cela ne laisse aucun doute sur leur origine. L’origine des oeufs de Pâques est tout à fait aussi claire. Les anciens Druides portaient un oeuf comme emblème sacré de leur ordre.

Dans les Dionysiaques, ou mystères de Bacchus, tels qu’on les célébrait à Athènes, la consécration d’un oeuf formait une partie de la cérémonie nocturne. Les fables hindoues chantent leur oeuf du monde et lui donnent une couleur dorée. Les Japonais disent que leur oeuf sacré était d’airain. En Chine aujourd’hui, on emploie dans les fêtes sacrées des oeufs teints ou peints absolument comme en Angleterre.

Autrefois les oeufs étaient en usage dans les rites religieux des Égyptiens et des Grecs, et on les suspendait dans les temples pour des cérémonies mystiques.
On peut distinctement suivre la trace de l’usage de ces oeufs depuis l’Égypte jusqu’aux bords de l’Euphrate.
Les poètes classiques sont remplis de la fable de l’oeuf mystique des Babyloniens et voici l’histoire qu’en fait l’égyptien Hyginus, le savant secrétaire de la Bibliothèque Palatine à Rome, à l’époque d’Auguste, homme habile dans toute la sagesse de sa patrie: “On dit qu’un oeuf de dimensions extraordinaires tomba du ciel dans l’Euphrate. Les poissons le poussèrent au rivage, là les colombes vinrent se fixer dessus, le couvèrent, et Vénus en sortit bientôt: elle fut appelée la déesse Syrienne” c’est-à-dire Astarté. De là vint l’emploi de l’oeuf comme symbole d’Astarté ou Easter, et, c’est pour cela que dans l’île de Chypre, l’un des sièges favoris du culte de Vénus ou d’Astarté, l’oeuf était représenté comme étant d’une grosseur extraordinaire.

Le sens caché de cet oeuf mystique d’Astarté, sous l’un de ses aspects (car il avait une double signification) se rapportait à l’arche pendant l’époque du déluge, dans laquelle la race humaine était renfermée, comme le poulet est renfermé dans l’oeuf avant son éclosion. Si on demandait comment l’idée a pu venir à l’esprit humain d’employer un moyen si extraordinaire pour un pareil dessein, voici ma réponse: l’oeuf sacré du paganisme, comme je l’ai déjà indiqué (p. 161) était bien connu sous le nom d’oeuf du monde, c’est-à-dire l’oeuf dans lequel était renfermé le monde entier. Or, le monde a deux sens différents: il signifie ou bien la terre matérielle, ou les habitants de la terre. Le dernier sens de ce mot se trouve dans la Genèse: “La terre
entière n’avait qu’un même langage et qu’une même parole” (Genèse XI, 1), c’est-à-dire tous les habitants de la terre. Si donc le monde est renfermé dans un oeuf et flotte sur les eaux, il n’est pas difficile de croire, quelle que soit l’origine de l’idée d’un oeuf, que l’oeuf flottant ainsi sur la surface de la mer universelle, soit simplement la famille de Noé contenant dans son sein le monde entier. – Voici dès lors l’application du mot oeuf à l’arche: le mot hébreu pour oeuf est Baitz, ou au féminin, (car le mot a les deux genres) Baitza, qui en chaldéen et en phénicien devient Baith ou Baitha. Ce mot dans ces deux langues, est aussi employé
d’ordinaire pour désigner une maison. L’oeuf flottant sur les eaux qui contenait le monde, c’était la maison flottant sur les eaux du déluge, renfermant dans son sein les éléments du monde nouveau. L’oeuf tombant du ciel se rapporte évidemment à l’arche préparée par le commandement formel de Noé; et la même chose semble clairement impliquée dans l’histoire égyptienne de l’oeuf du monde qui, dit-on, était sorti de la bouche du grand dieu. Voilà donc une des deux significations de l’oeuf mystique.

Cependant, comme tout ce qui était bon ou utile à l’humanité était représenté par les mystères chaldéens et provenait à quelques égards de la déesse Babylonienne, de même la plus grande bénédiction pour la race humaine que l’arche contenait dans son sein, était Astarté, la grande civilisatrice, la grande bienfaitrice du monde. Quoique la reine déifiée que représentait Astarté n’eût d’existence que quelques siècles après le déluge, cependant, grâce à la doctrine de la métempsycose, fermement établie à Babylone, il était facile de faire croire à ses partisans que dans une précédente incarnation, elle avait vécu dans le monde antédiluvien, et qu’elle avait traversé le déluge pour y échapper.

Or, l’Église Romaine adopta cet oeuf mystique d’Astarté et le consacra comme un symbole de la résurrection du Christ. Une formule de prière fut même désignée pour être faite à ce sujet par le pape Paul V, qui faisait ainsi prier à Pâques ses superstitieux partisans: “Bénis, ô Dieu, nous t’en supplions, cette création qui est la tienne ces oeufs qui sont l’oeuvre de tes mains afin qu’ils deviennent une nourriture fortifiante pour tes serviteurs, qui les mangent en souvenir de notre Seigneur Jésus-Christ.”

– Outre l’oeuf mystique, il y avait aussi un autre emblème d’Easter, la déesse reine de Babylone; c’était la Rimmon ou la grenade. Elle est fréquemment représentée sur les anciennes médailles avec une grenade à la main, et la maison de Rimmon, dans laquelle le roi de Damas, le maître de Naaman le Syrien, célébrait son culte, était aussi, selon toute apparence, le temple d’Astarté, où cette déesse était publiquement adorée avec une grenade. La grenade est un fruit rempli de graines; aussi a-t-on supposé qu’on l’employait comme l’emblème de ce vaisseau dans lequel
étaient conservés les germes de la création nouvelle, par lesquels le monde devait recevoir une nouvelle semence de l’homme et de l’animal, lorsque le déluge aurait achevé son oeuvre de
dévastation. Mais en allant plus au fond, on trouve que Rimmon ou la grenade se
rapporte à quelque chose d’entièrement différent. Astarté ou Cybèle était aussi appelée
Idaia Mater, et la montagne sacrée de Phrygie, fameuse par la célébration des
mystères de cette déesse, était appelée mont Ida, c’est-à-dire en Chaldéen, langue
sacrée de ces mystères, le mont de la science. Idaia Mater, signifie donc la mère de la
Science, en d’autres termes, notre mère Ève, qui la première convoita la connaissance
du bien et du mal, et l’acheta si chèrement pour elle-même et pour ses enfants. Astarté,
comme il est bien facile de le prouver, était adorée non seulement comme incarnation
de l’Esprit de Dieu, mais aussi comme la mère de l’humanité. Aussi quand la mère des
dieux et de la science était représenté avec la grenade à la main invitant ceux
qui gravissaient la montagne sacrée à l’initiation de ses mystères, peut-on douter de la
signification de ce fruit? Elle se rapporte évidemment à son caractère présumé; il doit
être le fruit de l’arbre de la connaissance, “le fruit de cet arbre dont le goût mortel
amena dans le monde la mort et tous nos malheurs”.

La connaissance à laquelle on admettait les sectateurs de la déesse du mont Ida était
précisément de la même espèce que celle qu’Ève obtint en mangeant le fruit défendu,
connaissance pratique de tout ce qui était moralement mal et hideux. Quant à Astarté,
à cet égard, les hommes étaient accoutumés à regarder leur grande bienfaitrice comme
obtenant pour eux la connaissance, et les bénédictions en rapport avec cette connaissance qu’ils auraient en vain attendues de Celui qui est le Père des lumières, et de qui procède tout bien ou tout don parfait. La papauté inspire le même sentiment à l’égard de la déesse romaine, la reine des cieux, et entraîne ses sectateurs à considérer la faute d’Ève de la même manière que le faisait le paganisme. Dans le canon de la messe le service le plus solennel du missel romain, on trouve l’expression suivante, dans l’apostrophe à la faute de nos premiers parents: “O beata culpa, quas talem meruisti Redemptorem42!” Ô faute bénie, qui nous a procuré un tel Rédempteur. – L’idée contenue dans ces paroles est entièrement païenne. Voici à quoi elles reviennent: “Grâces soient rendues à Ève, dont la faute nous a obtenu le glorieux Sauveur.” – Il est vrai que l’idée contenue dans ces mots se trouve identiquement dans les écrits d’Augustin; mais c’est une idée entièrement opposée à l’esprit de l’Évangile, qui fait le péché d’autant plus coupable qu’il a fallu une telle rançon pour nous délivrer de sa malédiction épouvantable. Augustin avait bien des sentiments païens qu’il ne dépouilla jamais complètement. Il est étrange qu’un homme sérieux, éclairé comme Merle d’Aubigné ne voie aucun mal dans ce langage! Comme Rome entretient les mêmes sentiments que le paganisme, elle a adopté les mêmes symboles selon qu’elle le jugeait opportun. En Angleterre et dans beaucoup de pays de l’Europe, on ne trouve pas de grenades; et cependant même en Angleterre, on cherche à entretenir la superstition de la grenade. Au lieu de la grenade, on a l’orange; c’est ainsi que les papistes d’Irlande unissent à Pâques les oranges et les oeufs: c’est ainsi que dans cette cérémonie vaine et prétentieuse où l’évêque Gillis d’Edimbourg il y a quelques années, lava les pieds à douze Irlandais en haillons, il offrit à chacun d’eux une orange et deux oeufs.

Or, cet usage de l’orange comme symbole du fruit “de l’arbre mystérieux de l’épreuve” en Éden, n’est pas, il faut le remarquer, d’invention nouvelle; il date des temps les plus reculés de l’antiquité classique. Les jardins des Hespérides de l’Occident étaient exactement, d’après tous ceux qui ont étudié le sujet, la contrepartie du paradis d’Éden dans l’Orient. La description de ces jardins sacrés situés dans les îles de l’Atlantique, le long de la côte d’Afrique, montre que leur site légendaire correspond parfaitement au Cap-Vert ou aux Îles Canaries, ou à d’autres de ce groupe, et que le fruit doré de l’arbre sacré, gardé avec un soin si jaloux, n’était
autre que l’orange.

Or, que le lecteur remarque ceci: d’après l’histoire du paganisme, il n’y avait point de serpent dans le jardin de délices de ces îles bénies, pour entraîner l’humanité à violer ses devoirs envers son grand bienfaiteur, et à manger le fruit de l’arbre sacré qu’il s’était réservé comme pierre de touche de son obéissance. Non: au contraire, c’était le serpent, le symbole du diable, le principe du mal, l’ennemi de l’homme, qui empêchait l’homme de manger du précieux fruit, qui le gardait soigneusement, qui ne permettait pas d’y toucher. Hercule, l’une des formes du Messie païen, non le primitif Hercule, mais l’Hercule Grec, ému de la condition malheureuse de l’homme tua, ou soumit le serpent, l’être envieux qui refusait à l’humanité l’usage de ce qui lui était si utile, pour que l’homme fût à la fois sage et heureux, et lui accorda ainsi ce fruit qui aurait été à jamais hors de son atteinte. Ici donc, Dieu et le démon ont changé de rôles. Jéhovah, qui défendait à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance, est symbolisé par le serpent, et tenu pour un être malveillant et égoïste, tandis que celui qui arracha l’homme au joug de Jéhovah, et lui donna le fruit de l’arbre défendu, en d’autres termes Satan, sous le nom d’Hercule, est célébré comme le généreux libérateur de la race humaine.
Quel mystère d’iniquité que celui-là! Or, c’est là ce que renferme l’orange sacrée d’Easter.

 

Les deux Babylones de A. Hislop: pages 81 à 86

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TOI SEUL ES VRAI…
Toi seul es vrai, beau ciel qui songes et palpites, 
Paisible et scintillant d'amour; 

Toi seul es pur, éther, où jamais ne s'agite 
Le pas harmonieux des jours. 
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